Rencontre avec Jacques Parizeau 
Ancien premier ministre du Québec

 

M. L. – Vous étiez Premier ministre du Québec lors du référendum sur la souveraineté, en 1995. Vous étiez à l’origine de cette vaste consultation populaire, qui a divisé la société québécoise. Vingt ans après cette défaite crève-cœur, vous en êtes-vous remis ?

 

J. P. – Mon grand regret dans la vie est d’avoir perdu le référendum ! J’y ai travaillé pendant des années et je l’ai raté par quelques milliers de voix. Il est venu un jour où j’ai fini par me réconcilier avec l’idée que mon grand projet n’avait pas abouti, mais je l’ai toujours un peu sur le cœur.

 

M. L. – J’imagine que la pilule est difficile à avaler...

 

J. P. – Le problème n’est pas d’avaler la pilule, c’est la digestion qui est difficile !!! 

Rencontre avec Abolhassan Bani Sadr
Ancien président de l'Iran

 

A. B. S. – En tant que chef religieux, Khomeiny était un homme très persuasif et j’étais convaincu qu’il respecterait ses engagements. Nous nous étions réunis à plusieurs reprises avec un petit groupe d’amis pour préparer la révolution à partir de la France. Nous étions tous persuadés qu’il était le meilleur porte-parole. Khomeiny était pour moi une sorte de père spirituel.

 

M. L. – Dès son arrivée au pouvoir, Khomeiny s’est pourtant durement imposé en instaurant un gouvernement assujetti aux principes de l’islam. Il a abrogé certaines lois et s’est attribué des droits en se proclamant le guide suprême du pays. N’aviez-vous jamais soupçonné qu’il puisse vous duper ?

 

A. B. S. – Ni moi, ni le shah, ni quiconque... Personne ne se doutait qu’il ne respecterait pas sa parole d’honneur. Dire que c’est sous son gouvernement que les gardiens de la révolution, les tribunaux révolutionnaires et tous les actuels piliers despotiques des mollahs ont été établis ! 

Rencontre avec Adolfo Kaminsky
Faussaire et résistant pendant la Deuxième Guerre mondiale
 

A. K. – À 17 ans, je suis donc devenu l’expert en faux papiers de la Résistance à Paris. En une heure, je pouvais fabriquer trente faux passeports pour épargner trente vies humaines. Je travaillais jour et nuit, je ne dormais presque pas, pour sauver le plus de vies possible. Je connaissais le sort que l’on réservait aux Juifs à Drancy.

J’ai perdu un œil, et le deuxième est maintenant très malade, à force de travailler au microscope et à la loupe. Mon travail demandait énormément de précision. La moindre erreur de ma part et j’envoyais quelqu’un à la mort au lieu de le sauver. C’était une grosse

responsabilité, un poids très lourd à porter. 

 

M. L. – Vous avez cependant continué votre travail clandestin jusqu’à la fin de la guerre en 1945, et même jusqu’en 1970. Vous osiez défier les lois pour sauver des vies. Comment avez-vous réussi à préserver votre anonymat pendant tout ce temps ?

 

A. K. – J’avais la réputation d’avoir très mauvais caractère et j’étais très exigeant sur les mesures de sécurité à prendre. 

Ils ont vécu le siècle

On m’a souvent demandé pourquoi ces personnes avaient accepté de s’entretenir avec moi. J’ai répondu bien candidement que j’avais eu l’audace de frapper à leur porte. Personne n’imaginait que je parviendrais à m’entretenir avec tant de personnalités du monde  ; rares étaient les personnes qui croyaient à ce projet, sauf peut-être tous ceux et celles qui m'ont accueillie !

Photo : Jacques Nadeau

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